jeudi 19 mai 2011

Pays au bord de la crise de nerfs...



Nouvelles histoires de moufettes à la campagne...
Il fallait s'y attendre.
Après les Roms (voleurs), les délinquants multirécidivistes (psychopathes), les musulmans (envahisseurs), les juges (laxistes), les malades imaginaires (fraudeurs de la sécu), les fonctionnaires (privilégiés/fainéants/inutiles)...
On finirait par l'oublier, mais avant la tragédie de l'hôtel Sofitel à New York, la semaine dernière sur vos écrans, les méchants du mois étaient les assistés (parasites cancérigènes).

Le scénario est connu : l'Elysée, ou un ministre zélé, tape fort sur la catégorie désignée, et pour calmer ceux qui s'en émeuvent, on leur dégaine le sondage qui montre que 60% des français estiment qu'il a eu raison de le faire.
Et tant pis si c'est nauséabond. L'important, c'est de flatter l'opinion.
Tout cela ne serait qu'une énième anecdote de mauvais goût, si cela n'entretenait pas la spirale infernale qui tire le pays vers le bas depuis trop longtemps, et si, comme certains semblent l'annoncer, on ne risquait pas de faire de ce thème de l'assistanat un thème de campagne pour 2012... 
La ficelle est grosse, mais vu que je les vois arriver avec leur gros sabots, je ne perds pas de temps pour essayer de leur couper l'herbe sous le pied, en espérant que je ne sois pas tout seul...

L'oeuf ou la poule? 
Concernant la relation de l'assistanat et le chômage, je refuse de souscrire à l'idée que ces deux phénomènes seraient comme l'oeuf et la poule. Et qu'à défaut de maîtriser la poule, il suffirait d'écraser l'oeuf... Car il me semble à peu près incontestable qu'on puisse attribuer le chômage de masse en France
  • à la mécanisation, qui a supprimé beaucoup d'emplois peu qualifiés, 
  • à la désindustrialisation du territoire, causée par les délocalisations, qui a également supprimé beaucoup d'emplois peu qualifiés, 
  • à la pression financière du système, qui s'est mise à exiger des entreprises des rendements disproportionnés, imposant une forte rationalisation des emplois. Les gains de productivité n'ont pas été suffisamment bien partagés pour pouvoir développer de nouvelles activités et nouveaux emplois.
  • à l'inadéquation de la main d'oeuvre disponible par rapport aux besoins de profils très qualifiés (mais bon, à ma connaissance, ok, il manque des anésthésistes, chirurgiens, ingénieurs, etc... mais tout de même pas de quoi employer 3 millions de chômeurs non plus..)
Malgré cela, les hauts responsables en charge des affaires du pays de rejeter depuis le début les torts sur les victimes de ce ce phénomène : les chômeurs.... Oui, c'est parce que les chômeurs ne crèvent pas assez de faim qu'il y a tant de chômage en France !
Et c'est donc le système de protection sociale qui favoriserait le chômage...

Mettez vous à fabriquer des airbus, bandes d'assistés ! 
Les experts économiques, colporteurs de l'idéologie libérale qui défendaient la mondialisation heureuse dans les années 90, ont commencé dès le début cet inconscient travail d'humiliation des gens professionnellement peu qualifiés, en défendant le libre-échange et donc les délocalisations. 
Ces fameux "experts" nous racontaient à l'époque, avec une condescendance très coloniale, et un angélisme à posteriori très risible, qu'il était normal que les productions de produits de faible valeur ajoutée soient délocalisées dans les pays sous développés, qu'on avait mieux à faire en France. Qu'il fallait laisser la fabrication des tee-shirts et les objets de consommation aux pauvres, que la destinée de la France, c'était de fabriquer des Airbus, des TGV...
En d'autres termes, mais ce n'était pas explicitement évoqué, il fallait que tout le monde en France devienne ingénieur.
On a fermé les usines, mais bizarrement, personne n'a réussi à transformer les ouvriers en ingénieurs. Les couturières en ingénieurs. Les pompistes, les postiers, les buralistes, les dactylos, les garde-barrières... en ingénieurs...
Et comme personne n'a encore oser proposer de délocaliser les travailleurs excédentaires du sol français, ne serait-ce que pour accompagner leurs usines (on n'a affecté des charters que pour les sans-papiers pour le moment...), on a crée le pôle emploi, pour les occuper en attendant qu'ils se métamorphosent en ingénieurs par mutation spontanée...


Bouffez-vous les uns les autres, vous n'aurez plus faim...
Je veux bien laisser à nos décideurs la liberté d'affirmer que, si il y a tant de blessés en France, c'est parce que nos services d'urgence hospitaliers sont trop performants, et nos hôpitaux trop confortables... Et que si on fermait ces services, cela inciterait les gens à faire attention et il  y aurait moins de blessés et autres malades. Chacun peut croire à ce dont il a envie...
Mais ce qui est néfaste en revanche, c'est ce gâchis collectif et durable qu'alimentent ces stigmatisations et autres lynchages de bouc-émissaires.
On passe notre temps à améliorer la défiance, alors qu'il faudrait essayer de redresser la confiance.
Depuis trop longtemps, depuis 40 ans que le chômage de masse s'est installé, ces stratégies de stigmatisations politiciennes entretiennent le cercle vicieux. Dans la population, on se jette en pâture, on se regarde en chien de faïence, on se jalouse on se dénigre, car on est tous le bouc émissaire de quelqu'un d'autre. Stratégies teintées de la tentation évidente du "Diviser pour mieux régner".
Soit, mais alimenter des combats de coq, fort divertissants ma foi, n'est pas ce qui va pousser le pays à aller de l'avant. 
S'ils veulent nous remettre au travail, il va falloir qu'ils envisagent un jour une grande réconciliation : avec nous mêmes, avec les autres, avec le travail.
Sans confiance en nous-mêmes, sans confiance dans les autres, nous ne sommes rien, et nous ne ferons rien.

Le travailleur français sur le divan
Oui les français traînent des pieds sur le marché du travail. Mais plutôt qu'affirmer que le chômeur français est fainéant, creusera-t-on un jour l'aspect psychologique de la chose si on tient vraiment à la résoudre?
  • Les français, sans doute de par leur culture égalitaire, issue de la pensée universelle, semblent déjà avoir du mal philosophiquement avec le fonctionnement capitaliste. Contrairement aux pays anglo-saxons, qui voient volontiers la main de Dieu dans la gratification du mérite (on mérite ce qu'on a, et on ne mérite que ce qu'on a...), le français vit mal l'inégalité, qui le ramène à la féodalité.
    Ce qui est un moteur pour l'anglo-saxon, est un frein pour le français. Se défoncer au boulot pour un client, c'est déjà pas évident, alors engraisser un tiers (l'actionnaire), ça ne coule pas de source pour tout le monde. On aura beau culpabiliser le travailleur français, continuer à lui renvoyer des images détestables de lui même, on n'en fera pas un anglo-saxon de sitôt... (et c'est tant mieux :-)
  • L'élitisme français perdure et se mute dans l'élitisme du fric. Tant qu'on ne revalorisera pas les métiers selon l'utilité et la pénibilité, on aura du mal à pourvoir les postes dont on a besoin. L'économie est un lieu de conformisme et de reproduction regrettable. J'aurais préféré faire construire une maison en payant plus les maçons et moins l'agent immobilier. Pas trouvé les bons interlocuteurs, ça doit pas exister... Ok, mais qu'on ne reproche pas aux chômeurs de vouloir plus devenir agents immobiliers que maçons...
  • Et pour rester bien dans son boulot aussi, il faut être bien encadré. Et ça, je pense que c'est la plus grande faiblesse de l'économie française. Manager les gens, c'est un noble métier, et ce ne devrait pas être un terme péjoratif. Mais dans notre vision des organisations humaines, on n'a jamais dépassé la version hiérarchique, élitiste, rigide d'antan. Si bien qu'on ne sait pas envisager d'autres rôles que celui de petit chef : on a généralement peu envie, ni de jouer ce rôle là, ni de bosser avec. D'ailleurs en écho à ce manque d'imagination, on a toujours cru que pour lutter contre le chômage, il fallait uniquement se concentrer sur l'innovation technique ou la compétitivité commerciale. Comme si on n'avait pas encore compris que pour progresser en foot, l'essentiel avant tout de savoir jouer en équipe, que pour envisager des résultats sur la durée, la virtuosité technique ou athlétique ne se révèlent que dans le collectif ! (quoi, ça aussi, on l'a pas encore compris? :-)   )
    Et ça encore, dans le climat de défiance qui règne dans la société française, le jeu collectif est loin d'avoir le vent en poupe..

La défiance, maladie auto-immune savamment entretenue...
Le péril, dans une aventure collective, c'est quand les individualités qui composent le corps de la population cherchent tous à régner sur les autres, sans jamais assumer leurs responsabilités. C'est quand ceux qui, confortablement installés à la tête, dissolvent lentement la matrice corporelle qu'est l'idée du peuple solidaire, pour le "désactiver", le maintenir passif et servile.
Ils lui désignent en permanence de nouveaux corps étrangers, à combattre, en son sein, pour le maintenir vivant mais inerte, éviter qu'il ne se relève et ne remette en cause ce confort cérébral profiteur et apathique.
Ceci ne pourra tenir éternellement, et on ne connait pas les évolutions, même si l'histoire peut nous faire craindre, au plus fort de la crise, l'apparition du cancer généralisé qu'est le fascisme. On espère juste qu'on est encore immunisé.
Quoi qu'il en soit, en attendant, il est temps de nous engager sur la seule issue souhaitable, même si c'est de façon clandestine, et même si la tête ne nous suit pas.
Il va falloir réellement qu'on se même à re-travailler ensemble. A travailler sur nous-mêmes et à travailler pour nous-mêmes.
Alors l'issue préalable, c'est la réconciliation. Avec nous mêmes, avec les autres.
Allez.... au boulot tout le monde !




7 commentaires:

  1. je t'invite officiellement à venir manger à la maison pour qu'on reparle de tout ça. même si on est d'accord sur tout... il se peut que je te fasse alors une demande de t'accompagner pour les présidentielles...
    usclade Président!!!

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  2. @Dita : quel tandem ! Et ton mari est d'accord au moins? :-)
    (euh sinon y aura quoi au menu?)

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  3. Il y a de la salade frisée ( o-o... c'est très fin dita...) , et des îles flottantes avec de la crême qui coule dessus... mais si t'aimes pas ce dessert, il peut y avoir une glace à sucer...!
    ;)
    et mon mari est d'accord oui!

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  4. Oh oui, qu'il est facile de dévier le regard bovin du peuple...
    Oh oui qu'il est facile de taper sur les faibles...
    Et vive la république !

    Cela dit : en affamant plus encore les chômeurs, il vont bien finir par crever (c'est pas trot tôt !) et EFFECTIVEMENT le chômage va baisser... hm...

    C'est pas ça la logique ?

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  5. @IVV : oui le regard bovin, on dirait que c'est ce qu'ils cherchent à développer en nous !!! :-)

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  6. Malheureusement je crois qu'ils y arrivent........
    TF1 aide beaucoup (entre autre ;) )

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  7. @IVV : oui TF1, cet univers désespérant... On se demande toujours si TF1 s'est construite à l'image de la France ou si la France s'est construite à l'image de TF1...

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Et vous, z'en pensez quoi?