lundi 2 juillet 2012

Cendrillon doit retrouver des heures de ménage...


"Il existe un fossé, que dis-je, un canyon, entre vos enfants et la plupart des autres de cette école" nous a dit l'instituteur.
"Zut" lui a t-on répondu en culpabilisant.
"Non, vos enfants vont bien. Ce sont hélas les autres enfants qui filent un mauvais coton. Ils sont élevés par la télévision, leur culture c'est Koh Lanta et la Star Ac. Pour eux l'école c'est une perte de temps, ils pensent que c'est ailleurs qu'on va réussir. A Koh Lanta, ou à la Star Ac."



Mes enfants vont bien certes, mais alors, dans quel monde vont-ils vivre? Moi je rêve juste d'un monde où ils pourront grandir et ne pas rester des enfants. Et en disant cela, j'ai l'impression d'être à contre courant, d'être un affreux rabat-joie... Oui, je persiste et je signe : à mon grand regret, le mythe du Père Noel perdure.

Je voudrais juste qu'ils soient en temps et en heure le mieux outillés pour profiter de la vie, qu'ils vivent libres et émancipés, et qu'ils apprennent donc à être aussi lucides, responsables et humbles que possible, pour réaliser les plus belles ambitions avec leur propres moyens et sans nuire à personne. C'est bête, mais j'espère qu'ils se comporteront en citoyens respectueux et soucieux de l'avenir du monde, et non en pigeons usagers de la Française des Jeux.

Basiquement, j'espère que ma fille prendra soin d'elle, que sa vie sentimentale sera épanouie, que par ricochet sa vie familiale et sa vie sexuelle le seront aussi, que sa vie sociale et professionnelle la comblera. Qu'elle ne fera pas souffrir inutilement les garçons, et réciproquement. Qu'elle ne se fera pas trop gravement abuser par tous les manipulateurs qui peuplent la planète. Et qu'elle laissera une jolie empreinte sur la planète et dans l'histoire des humains.


J'espère que mes garçons feront comme leur soeur, de façon symétrique.
J'espère qu'ils sauront rester insensibles aux préjugés et aux mécaniques sexistes.
Qu'ils sauront faire le ménage chez eux, ou qu'ils ne quitteront pas leur conjoint si celui ci perd son emploi, ou qu'ils n'embaucheront pas une Cendrillon comme domestique pour faire le ménage à la place de leur petite femme ingrate, et tout le reste aussi, comme ce bouquin pourtant si mignon, démasqué par Sandrine Goldschmidt, pourrait les y encourager s'ils le lisaient.

(photo http://sandrine70.wordpress.com)


Oui, les leurres et les pièges sont partout, et à miser sur la chance, la bonne fortune, notre bonne étoile, et les miracles de l'amour, on oublie de faire bouger ce qui nous entoure et ce qui nous a construits. C'est que j'espère aussi apprendre à mes enfants.

Tout comme on peut se croire juste, bon et charitable, il ne faut jamais se satisfaire de briller au dépens des autres. Ni d'attendre des miracles. Je combats l'idée qu'on pourrait découper l'humanité entre ceux qui croient au miracles et ceux qui en font.


Bien sûr on peut rêver de temps en temps devant de jolis contes de fées et autres histoires de princes charmants, se sentir euphoriques à l'idée de faire tomber tous les préjugés pour réaliser tous les possibles. Mais restons avant tout lucides, et sachons distinguer le bon grain de l'ivraie. Ce qui me gène dans toutes ces jolies histoires de réconciliations entre les humains que tout oppose, de "Pretty Woman" à "Intouchables", c'est qu'à s'extasier de la beauté de l'exception, on oublie la laideur de la règle.

J'ai peur qu'on s'en accommode, qu'on s'en satisfasse, qu'on s'en contente. Voir même qu'on la cultive. Car après tout, la laideur de la règle est ce qui permet de mieux mettre en valeur les belles exceptions. N'y a-t-il  pas une certaine facilité à tolérer cette règle, dans l'espoir de se voir un jour élu pour incarner l'exception?

Soyons juste conscients que s'ils s'étaient satisfaits de guetter des miracles, nos ancêtres auraient pu écrire pendant des siècles de magnifiques romans poignants et émouvants réconciliant à jamais l'esclave et son maître, à leur faire vivre le grand amour, sans avoir jamais songé à abolir l'esclavage...

Nous, il semble qu'on se soit résigné à guetter. A s'en remettre à notre bonne étoile. A la chance, ou au hasard. Comme nous le rappellent chaque jour la bonne santé de la Française des Jeux et le délabrement de tout le reste du pays. Vivrait-on dans le meilleur des mondes pour ainsi s'en satisfaire ?

illustration de circonstance piquée chez Flo (http://flocva.wordpress.com) from Dina Goldstein 

8 commentaires:

  1. Le meilleur des mondes possibles tu veux dire ? Sans doute, je crois qu'il faut garder une part d'idéalisme, mais qu'en parallèle il faut rester lucide sur ce qui nous entoure et sur ce que nous pouvons (devons) accomplir. Je n'aime pas Ségolène, et tu le sais, pour autant il y a un sujet sur lequel je la rejoins, c'est que l'éducation est le pilier essentiel sur lequel se construit la vie de nos enfants. L'éducation, les valeurs, l'attention qu'on leur porte, les envies que l'on suscite chez eux, l'éveil à la curiosité...
    J'ai vécu une expérience toute simple le WE dernier : j'ai voulu ranger ma maison, faire le ménage quoi ! En parallèle, j'ai voulu empêcher mes enfants de regarder la TV ou de s'agglutiner face à la fameuse DS. Résultat, ils étaient libres de déambuler, de déranger...et ont passé leur temps à foutre en l'air le fruit de mon travail. Je me suis alors dit que TV et DS avaient qqs vertus, et qu'au moins ils restaient bien sages, impassibles même sur le canapé. Et j'ai poursuivi mes réflexions, en me disant qu'aujourd'hui nombreux étaient les parents qui se reposaient sur la TV ou la console. Moins de stress, plus de calme, moins de bordel chez toi....le pied quoi ?! Bah non, c'est pas le pied. Je crois que je préfère définitivement vivre dans un presque Capharnaüm et pouvoir admirer mon fils engloutir un roman, une BD ou construire son 176ème vaisseau LEGO ! Mais l'éducation, cela nécessite du temps, de l'énergie et puis de l'envie...et cette envie s'efface au profit de quoi, je ne sais pas : la tranquilité ?!
    Nos enfants grimpent les échelons de la vie en étant éveillés par Super Mario, les Pokemons et toutes les conneries de la TV. Nombreux sont les parents qui considérent que l'école est reponsable de l'éducation, en complément de la TV. Pas tous heureusement....mais de plus en plus ! Les parents qui démissionnent, c'est tout un pays qui fout le camp !

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    1. Je partage absolument toute ton analyse sur le providentiel apport de la technologie ludique dans la vie des parents modernes. Chez nous aussi on a des malfrats en culottes courtes qui font rien qu'à vouloir saboter en permanence notre vie d'adultes... :-)

      Ma génération est bien placée pour le savoir, depuis Recre A2 et Dorothée, précurseur des gameboy, et autres DS, on peut confier ses enfants à quelques appareils plus ou mois sophistiqués qui feront d’intéressants compléments d'éducation, moins risqués que l'ancestral "livrage à eux mêmes" dont on connait les ravages, de la guerre des boutons au racailleries du 9-3...
      Il est triste aussi que "l'Education Nationale", terme issu d'une époque où on pensait que l'Etat devait penser pour les parents, n'ait pas pensé à se rebaptiser en "Enseignement National", pour ne pas faire croire aux parents moderne qu'ils pourraient sous-traiter l'éducation de leurs enfants à des prestataires professionnels spécialisés, qu'ils soient publics ou privés...
      Mais au delà de l'éducation, mon billet veut pointer avant tout de la pauvreté idéologique des parents, qui, même s'ils peuvent passer autant de temps qu'ils veulent à éduquer leur progéniture, ne voient plus dans le collectif qu'une fatalité, contraignante ou providentielle pour l'individu, et non un espace de travail prometteur...

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  2. Moi, je dirais que parfois (je nuance mes propos, sourire), la Starac, c'est drôlement chouette pour les gosses !
    Alors, d'accord, on ne peut pas dire que ce soit génial pour notre petite société.
    Ya des enfants qui ont la chance d'aller :
    - A la piscine le lundi.
    - Au piano le mardi.
    - Au cathéchisme le mercredi, puis chez mamy puis au judo (c'est mamy qui conduit le gamin parce que papa et maman travaillent tard, encore plus tard que les autres jours).
    - Aux échecs le jeudi.
    - Aux ateliers créatifs le vendredi.
    Tout ceci, bien évidement après leur job d'écolier.
    - A la chorale le samedi matin.
    - A la compèt de judo le samedi après-midi(parce que quand on fait un sport, ya entraînement Et compèt).
    - Aux scouts le dimanche matin.
    Ceux-là, ils n'ont pas le temps de regarder la Starac et n'ont pas le temps d'être chez eux non plus.

    Alors c'est sûr la Starac, c'est pas génial mais ça permet aussi à des familles de se retrouver devant la télé..pour certains, ailleurs qu'une 1/2 h le matin en hurlant parce qu'on n'est pas prêt, ailleurs qu'au repas du soir vers 18h où il faut encore faire les devoirs et que maman à mal à la tête et que papa n'est pas encore rentré et qu'il faut vite aller prendre son bain et aller se coucher..
    C'est sûr, faire plein d'activités, ça ouvre l'esprit, ça empêche aussi plus d'un enfant de faire sa vie d'enfant..
    Ya pas de piège pour les loulous qu'on soit devant TF1 ou en train de jouer aux cartes à table.
    "Il faut juste que" (et ça c'est le superbonus) que papa et/ou maman soi(ent) là..mais vraiment là :)

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    1. Tu me diras en privé si cette famille existe vraiment ! :-)
      Pour le reste c'est sûr, si papa et/ou maman pouvaient s'offrir le luxe d'être vraiment là de temps en temps, TF1 ne serait pas plus nocif qu'un concert d'André Manoukian !

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  3. merci pour ton passage chez nous, en tout cas on ne regrette pas d'avoir un peu "ramé" pour voir qui était là derrière (le lien ne passe pas chez nous). Au plaisir de se croiser à nouveau sous des rythmes crimsoniens ou autres

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    1. He he, heureux de voir que les cafards arrivent à se glisser partout ! :-)
      Bienvenue dans mon placard !

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  4. "c'est qu'à s'extasier de la beauté de l'exception, on oublie la laideur de la règle." J'aime cette phrase qu'on pourrait élever au rang d'aphorisme, qu'on citera encore dans quelques années, lustres, décades, siècles, qui sait car ce n'est pas demain que le monde va changer.
    J'apprécie aussi beaucoup l'intervention d'EMMA qui fait si bien l'avocat du diable. Intéressant, son point de vue, qui me fait voir les choses autrement moi qui n'ai pas d'enfants et qui aurais tendance à juger sévèrement, comme vous le faites entre les lignes, les parents qui abandonnent leurs enfants devant la télé, cette télé que je hais tant !

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    1. En fait on est bien content de trouver la télé de temps en temps, et quoiqu'on en dise, la télé développe leur esprit d'observation et d'analyse. En fait on loue pas mal de DVD qu'ils regardent de façon rituelle entre la douche et le repas le soir, ce qui leur permet d'éviter la pub et de s'imprégner des histoires (quand on regarde 7 fois les épisodes de Tintin et les Picaros, même le plus petit connait parfaitement toutes les répliques du Capitaine Haddock !)
      Mais pour bien vivre ensemble dans la maison, rien ne vaut un bon repas en famille sans télé en arrière plan...

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