dimanche 10 juillet 2011

Normes de sécurité et autres barrières à ne pas franchir

C'était dans un monde dans lequel chaque couple ne donnait naissance qu'à un enfant unique.
L'enfant était sacré. C'était la plus belle chose qui pouvait arriver aux jeunes gens. Faire vivre une famille centrée et resserrée sur cet enfant.
Donner naissance une fois et faire vivre ce lien sacré jusqu'à la fin de ses jours.

Bien sûr, dans les faits, il pouvait arriver que l'enfant unique se fâche avec ses parents, et que cette brouille laisse aux uns et aux autres un sentiment d'échec indélébile. Discrètement, en dissimulant leur sentiment de honte, les parents reniaient leur enfant et alors en concevaient un autre.
On fermait les yeux là dessus, c'était des choses qui arrivent. L'important c'était de se focaliser sur les destinées réussies. Cette espérance de l'enfant sacré faisait vivre les jeunes couples au fil des générations.

Un jour un couple iconoclaste annonça une décision choquante : ils allaient avoir un deuxième enfant, sans renier le premier.
Les réactions les plus virulentes de leurs pairs ne se firent pas attendre.
- Comment, vous n'aimez plus votre enfant? Quelle horreur ! Ayez au moins le courage de le renier !
-  Soyez réalistes, ça finira mal !  Forcément le premier sera moins aimé, il ne va pas le supporter. Un enfant c'est intrinsèquement jaloux, un enfant ne sait pas partager !
- Aimer plus, c'est aimer moins ! Le bonheur et l'amour ne se multiplient pas, vous allez vous faire de l'ombre, il faudra vous rationner !
- Vous êtes dans l'illusion consumériste ! Et on ne fait pas des enfants comme on va au supermarché, pour alimenter une collection ! Satisfaites-vous de ce que vous avez !
- Comment peut-on aimer plusieurs enfants à la fois? C'est irresponsable ! Vous allez tous les rendre malheureux... Vous êtes dans l'utopie et vous ne pourrez pas assumer !

L'histoire ne dit pas ce qu'il advint de leur projet.

On aurait bien aimé les aider à se libérer de cette norme ancestrale qui les persuadait qu'une famille ne pouvait être épanouie que de cette façon.
Mais nous ne pouvions pas nous faire entendre.

Alors il ne restait qu'à espérer que petit à petit cette norme se desserre, que de jeunes parents se mettent à oser, à expérimenter, et vérifier qu'une famille pouvait être épanouie dans une diversité plus large. Se rendre compte que s'affranchir de cette norme de sécurité ne faisait pas forcément vivre plus dangereusement. Qu'élargir le cercle de son rayonnement ne diluait pas ce rayonnement. Que l'unicité n'était pas supérieure à la multiplicité. Que ça diminuait sensiblement le risque de reniement, cette issue si terrible pour chaque individu... Bref qu'un écosystème ouvert pouvait être plus protecteur et durable qu'un cocon fermé.

Heureusement que dans notre monde à nous, nous n'avons pas hérité d'une telle norme qui polariserait tant notre façon de penser, que nous réagirions mal à toute idée qui nous en dévierait...




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Modeste petit conte inspiré par la virulence des réactions lues ici.
Où la radicalité de certains, sans doute pourtant parmi des esprits progressistes, semble révéler une intolérance vis à vis de mœurs déviantes, proche des milieux réactionnaires traditionnels. Lesquels ont en ce moment un autre souci avec des thèmes hors-normes...
Non pas pour alimenter la polémique, ni entretenir cette partie de ping pong de jugements mutuels, mais parce qu'elle me fait prendre conscience de l'inconfort que l'on ressent lorsqu'une norme est mise à mal par des idées iconoclastes. Qu'est-ce qui nous donne tant d'énergie à sortir les griffes pour remettre les autres dans le droit chemin? Sans doute se sent-on dépossédé d'un peu de notre patrimoine commun, ou juste pris de cours, je ne sais pas...

5 commentaires:

  1. Votre pont de vue est peut-être juste en effet. Peut-être que le miroir que deviennent certaines propositions dérangent certains dans leur confort. Il est utile (indispensable) de vivre avec quelques certitudes pour ne pas chavirer à chaque coup de rame, alors oui peut-être que de montrer à l'autre d'autres paradigmes c'est lui montrer qu'il n'y avait pas qu'une voie et qu'il a pris la mauvaise. Mais après tout, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas !

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  2. "lui montrer qu'il n'y avait pas qu'une voie et qu'il a pris la mauvaise. "
    Y en a-t-il de mauvaise ?
    Ce qui compte n'est-il pas plutôt le cheminement, pour chacun, sur ces voies ?

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  3. @Gicerilla : voilà que Voli m'a devancé pour vous taper sur les doigts de vous avoir pris en flag de manichéïsme sous-jacent :-)
    Il n'y a ni bon, ni mauvais, hein, on nait tous monogames et ensuite chacun va où il veut...
    Justement je veux éviter d'indiquer à mon tour quel serait le droit chemin.
    Simplement je suis en train de me dire que la norme nous empêche de voir que le bonheur est dans le pré et que le péril n'est pas forcément du côté de la barrière que l'on croit... Et qu'en s'autorisant à les ouvrir finalement ces barrières, en faisant attention bien sûr à ce que l'on fait, on peut éviter bien des dégâts...

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  4. petite française15 juillet 2011 à 00:02

    j'aime beaucoup cette photo de saison.

    (remarque qui vous épargne une longue et ennuyeuse digression sur les amours plurielles, normes, bonnes moeurs et chemins de traverse)

    B

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  5. @petite française : c'était une photo pour faire diversion, dommage qu'elle nous prive de vos digressions !

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Et vous, z'en pensez quoi?