samedi 19 septembre 2015

La foule et le talent

Autour de moi, de jolies perles que personne n'a remarquées, ou bien si peu de monde.

Dans le même temps autour de nous des chiffres, des évaluations, des échelles de valeur quantitatives qui veulent nous donner des indications qualitatives.


Nombres d'amis, de followers, d'abonnés, de visionnages, de connexions...
On baigne dans les chiffres.

Vouloir corréler qualité et quantité.
Le piège.
On se sent insignifiants.



Prenons une situation où on observe un inconnu qui s'exprime d'une façon ou d'une autre, mais qui est complètement ignoré par la foule. Notre esprit est ainsi fait qu'il ne voit que l'individu qui gesticule dans le vide. Notre esprit en déduira que cet individu est insignifiant, qu'il n'a pas de talent.


Pourtant cette scène nous en apprend plus sur les capacités de la foule que sur celles de l'individu.

Car on le constate. La foule peut rester hermétique au talent.
La foule a besoin de panneaux.


La foule ne voit pas le talent, elle ne réagit pas au talent. Elle ne réagit qu'aux attroupements.
Elle ne voit que les grands chiffres.
Pauvre foule, dépouillée de son temps de cerveau disponible et formatée au mimétisme, privée de capacité de discernement par le bombardement des sollicitations qu'elle reçoit de toutes parts...


Si bien que l'on pourrait croire que le seul talent qui importe vraiment à la foule, c'est celui qui consiste à créer l'attroupement.
Talent spécifique, indépendant de tout le reste, qui semble occulter tout le reste.


Tant pis.


Je continue à rester attentif à tout le reste.


Merci à vous tous de rester vous mêmes, avec vos talents secrets, et épargnés par la foule.






L'expérience relatée ci-après, que vous avez peut être déjà vu passer sur Facebook, illustre à merveille mon propos..

L'expérience du Washington Post
Le 12 janvier 2007, Joshua Bell a participé à une expérience menée par The Washington Post à une heure de pointe le matin dans le hall d'une station de métro à Washington.

Cet événement a été organisé par le journal dans le cadre d'une expérience de psychologie comportementale sur la perception, les goûts et les priorités.

Joshua Bell a ainsi joué trois quarts d'heure et a pu récolter 32 dollars (pour un total de sept personnes seulement qui se sont arrêtées un instant pour l'écouter jouer, et sans compter les 20 dollars laissés par l'unique personne l'ayant reconnu)2.


Le point-clé de cette expérience apparut lorsqu'il eut fini de jouer. En effet, il n'y eut aucune réaction, aucun applaudissement. Une seule personne l'avait reconnu. Personne ne savait que ce violoniste était célèbre, et qu'il venait de jouer sur un Stradivarius célèbre de 1713, le Gibson ex-Huberman, acheté par le violoniste quelques années auparavant 3,5 millions de dollars, ni que deux jours auparavant il avait joué au théâtre de Boston à guichet fermé pour des spectateurs qui avaient payé leur place jusqu'à 100 dollars1.


La conclusion du journaliste revient à se demander : « Dans un environnement ordinaire, à une heure inappropriée, sommes-nous capables de percevoir la beauté, de nous arrêter pour l'apprécier, de reconnaître le talent dans un contexte inattendu ? »1. Cette expérience et surtout l'article qui fut publié valurent à son auteur, le journaliste Gene Weingarten, un Prix Pulitzer en 2008

4 commentaires:

  1. Intéressant et qui donne à réfléchir. ...

    RépondreSupprimer
  2. J'avais vu cette vidéo et l'avais trouvée fascinante. Belle matière à réflexion, et bonne idée d'en avoir fait un article.

    RépondreSupprimer
  3. Je fais un ptit crochet, je n'ai pas ton adresse mail sur mon smartphone (parce que je suis nulle en technologie). Plus d'accès à l'autre blog. Sniff.

    RépondreSupprimer
  4. Plus personne ici ?
    Un autre blog ailleurs ?

    RépondreSupprimer

Et vous, z'en pensez quoi?